Les artisans de la photographie

Dans les coulisses de la photographie, il existe des acteurs oubliés : les tireurs. Rencontre avec Thomas Consani et ses 29 ans d’expérience.

C’est en tirant que l’on devient tireur. Thomas a donc appris la métier auprès de son père, avec comme seule formation celle du terrain. C’est à force de tirages, d’échecs puis de réussites qu’il apprend à maquiller une photographie ; une expérience qui lui permet aujourd’hui de tirer pour de grands noms tels que Marc Riboud, Tony Frank, Dominique Tarlé, Raymond Cauchetier ou encore J.R.

Il se spécialise dans le tirage argentique noir et blanc avec lequel il a plus d’affinités. Pour lui argentique et numérique sont complémentaires et chacun a ses avantages. Quand le numérique permet des agrandissements détaillés et des rendus plus précis, l’argentique, lui, ne peut modifier que par zone. Thomas prend l’exemple d’une chevelure qui, en numérique, sera éclairée mèche par mèche alors que le tireur argentique passera sa main sur cette même chevelure pour la rendre plus claire dans son entièreté.13062474_10209095327122226_6557624233920069245_n

Cependant, le grain et la gamme de gris de l’argentique produisent un charme authentique face aux très aseptisés noirs et blancs numériques.
En argentique, aucun tirage n’est unique du fait même que la main de l’homme intervient en maquillant. Des variations de secondes dans les gestes du tireur pendant l’exposition créent de subtils différences, bien que la ligne éditoriale de l’image reste toujours la même. Mais ces aléas du manuel sont pour Thomas la valeur ajoutée des tirages argentiques : l’unicité de la photographie.

Au-delà de la technique, il y a derrière ce métier un aspect humain et artistique indéniable et nécessaire. Chaque photographe et chaque sujet sont différents et il faut en capter la sensibilité pour « réveiller les images ». Dès lors, les paysages chinois de Marc Riboud n’exprimeront pas les mêmes caractéristiques esthétiques et émotionnelles que les photos de Serge Gainsbourg prises par Tony Frank. Cette différence, Thomas l’effectue en rencontrant les artistes, en s’imprégnant de leur personnalité. Une relation qui souvent perdure puisqu’une fois que Thomas a « appris un photographe », compris les enjeux visuels que les photographes veulent transmettre, il est très difficile de reprendre cette relation à zéro avec un autre tireur. Cela prend du temps, quelques tirages et beaucoup d’échanges pour parvenir à respecter la manière dont les photographes souhaitent exprimer leur sujet. « Le photographe est le compositeurs, nous sommes les interprètes ».

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La pierre angulaire de ce métier est, selon Thomas, le partage, des échanges humains et de belles amitiés qui se créent. Chaque tirage est un instant privilégié. Le photographe laisse entrer le tireur dans l’intimité de sa prise de vue. Partage également lors de sa rencontre avec de nouveaux photographes, de leurs sujets et de leurs interprétations auxquels il apporte sa sensibilité et son expérience. Un nouveau challenge qui vient bousculer ces habitudes et qui renouvelle sans cesse son travail.13072118_1590430527940958_750365501_o

Outre les relations photographes/tireur, Thomas aime faire découvrir ce métier méconnu en faisant visiter son labo ; non pas par envie de reconnaissance mais justement par esprit de dialogue. Il y a, derrière le procédé photographique, un acte presque magique qui nous émerveille tous. Bien plus que le simple fait de faire apparaître une image grâce à un révélateur, il y a un travail manuel qu’il fait entrevoir derrière les rideaux de sa chambre noire. Maquiller, redonner, contraster, la gradation, le margeur, l’agrandisseur, le fixateur, … Tout autant de terme que l’on oublie quand on visite une exposition. Tout autant de terme qui font de ce métier un artisanat traditionnel.

Jade Mann

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